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Carat: Michaël Grégorio, des voix à ses cordes

Il passe de Shakira à Jacques Brel et de Stromae à Kendji comme s’ils ne faisaient qu’un. Le chanteur, avant tout imitateur, est ce vendredi soir. "En concertS" sur la scène de Carat.

Votre spectacle s’appelle "En concertS". Michaël Grégorio sur scène, c’est un peu ça: une foultitude de voix dans un seul corps?

Michaël Grégorio. On me demande régulièrement combien de voix j’ai à mon répertoire. C’est toujours surprenant comme question car je n’ai qu’une seule voix, vraiment! Quoique j’interprète, c’est toujours ma voix. D’ailleurs, les gens ne voient souvent que la performance vocale, sans imaginer tout le travail qu’il y a derrière: l’interprétation, l’écriture parfois. Il faut s’imprégner de toutes les émotions, leur donner de la couleur. Dans ce spectacle, on s’amuse avec des codes de différents styles musicaux: ceux des concerts classiques par exemple où l’on ne sait jamais quand il faut applaudir. Il y a aussi des tonalités de jazz.

Vous passez de l’un à l’autre avec aisance. C’est d’avoir un répertoire éclectique qui le permet?

Il y a en effet des échos et des artistes très différents. Cela donne parfois des mariages improbables, comme du Shakira et du Cabrel ou du Piaf avec du Depeche Mode. On a intégré deux nouveautés sur ces dernières dates. La première, c’est Stromae. Ce n’est pas vraiment une imitation, disons que je lui rends un hommage particulier, un exercice que je n’ai jamais fait avant, vous jugerez vous-même.

J’ai beaucoup travaillé sur cette voix, près d’un an! La seconde, c’est Kendji Girac (jeune artiste révélé par le télé-crochet "The Voice" sur TF1 et qui cartonne depuis dans un registre de musique gitane, Ndlr), mais là j’ai eu un peu moins de temps pour me mettre au point. Ce sont deux styles totalement opposés.

Y a-t-il davantage de pression à imiter ou à reprendre des chanteurs connus de tous?

De toute façon, c’est obligatoire de sélectionner des artistes avec une vraie notoriété. Sinon, ça ne fonctionne pas. Mais il est vrai que c’est plus plaisant de s’attaquer à des chanteurs encore peu imités, à des choses moins travaillées, la latitude de travail est plus grande. C’est pour cela que je reste à l’affût, je suis beaucoup l’actualité musicale. Ca m’a permis de connaître Kendji justement, Mickaël Miro ou Julien Doré. Je sélectionne avant tout des artistes que les gens aiment.

Faut-il apprécier le travail d’un chanteur pour bien le reprendre ?

Non pas du tout, sinon je n’imiterai pas grand monde! Kendji Girac ou Mickaël Miro ne sont pas des chanteurs que j’écoute, Stromae un peu plus. Mais peu importe en fait. Je crois que j’ai toujours beaucoup de respect pour les chanteurs que je travaille, même si je les détourne ou si je les maltraite. Mais il ne s’agit pas seulement de les imiter, il faut surtout présenter les choses sous un autre angle. Je reprends par exemple une chanson de Michaël Jackson, que j’interprète assis sur un tabouret.

Est-ce que, techniquement, il est possible d’imiter n’importe qui?

Bien sûr que non. Il y a des voix que j’ai dû laisser tomber, comme Gainsbourg. Je n’étais pas à la hauteur. Mais je fais pas toujours que des reprises ou des imitations à proprement parler. Parfois j’aime autant m’éloigner de l’imitation, du réel, pour apporter plus de rondeur au travail.

Sur scène, vous chantez avant tout. Est-ce que votre rêve premier était celui-là?

Non, c’est la scène qui était un rêve, pas le fait de devenir chanteur. Le chant est venu en même temps de l’imitation. J’ai commencé par le théâtre, c’est là que je me suis rendu compte que je pouvais modifier ma voix. Notamment quand j’ai joué Brecht. Je me suis aperçu que pour avoir plus de contenance, je pouvais donner plus de profondeur à ma voix. Alors je me suis attaché au côté acteur, comédien, au travail de l’interprétation. Sur scène, je suis très différent de ce que je suis dans la vie, bien sûr. Parallèlement, j’ai toujours adoré la musique, j’étais fan de rock, de Thom Yorke et de Kurt Cobain, mais j’ai arrêté la musique assez tôt.

Vous devez parvenir à toucher un public aussi hétéroclite que vos références musicales?

Oui il est assez large, il y a des jeunes de ma génération, des gens de la génération de mes parents et même des enfants. On tourne pas mal dans les centres culturels avec un public d’abonnés, souvent un peu plus âgé. J’avoue que je préfère quand c’est un plus mélangé, avec des ados, des papys et des mamies. L’un des plus beaux compliments que l’on m’a fait, c’est une mamie, qui m’a dit: "Merci, j’ai pu montrer à mon petit-fils qui était Jacques Brel, et lui m’a fait découvrir les BB Brunes."

Les gens ne voient souvent que la performance vocale, sans imaginer tout ce qu’il y a derrière: l’interprétation, l’écriture parfois.

Michaël Grégorio le dit et le répète: plus que le chant, c’est la scène et le travail de comédien qu’il aime. Pas étonnant qu’on le retrouve devant la caméra. Une manière pour lui "de ne pas frustrer son public" en se cantonnant à un seul exercice. On retrouvera donc le chanteur révélé par Laurent Ruquier, en héros de la fiction historique "Fusillés" qui sera diffusée en 2015 sur France 3.

Il campera le personnage de Bastien, un jeune soldat, dans cette série réalisée par Philippe Triboit, à qui l’on doit les séries à succès "Engrenages" et "Un village français", dont des épisodes ont été tournés dans la région. Michaël Grégorio participe aussi à un film d’animation avec Omar Sy, dont la sortie est prévue pour Pâques. Le tout émaillé des dernières des 130 dates de sa tournée anniversaire, qui l’a mené jusqu’en Belgique, en Suisse, en Turquie ou au Japon.

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