Sur la scène du Bataclan, vous donnez l’impression d’être très à l’aise. Que représente cette salle pour vous ?
Le Bataclan, c’est chez moi, un peu comme ma maison et incontestablement ma salle fétiche. Pour la troisième fois consécutive je m’installe dans ce lieu mythique du XIe arrondissement. Je m’y sens bien et donc j’y reste de plus en plus longtemps. Il y a deux ans, c’était une semaine, l’an dernier, deux semaines, cette année… deux mois et demi. Je suis toujours très heureux de retrouver cette salle, son équipe avec qui j’aime travailler. J’y ai des souvenirs et des émotions en tant que spectateur, comme cette grosse leçon de musique avec le concert de The Swell Season ou mon premier spectacle, en 2001 avec Stéphane Rousseau. Le Bataclan représente beaucoup, sans doute le rapport intimiste entre le public et l’artiste.

Votre spectacle est plus qu’une série d’imitations. Que représente la musique pour vous ?
Effectivement, mon spectacle est un aussi, un concert. La musique est ma passion. Enfant, la musique à la télévision ou à la radio m’attirait. Adolescent, j’ai eu mes premiers chocs musicaux avec la découverte de Radiohead, Nick Drake ou encore Nirvana et côté français Bashung, Souchon et Higelin. C’est naturellement que la musique m’a amené à l’imitation. Je connaissais assez peu ce milieu. En essayant de reproduire mes artistes préférés, je me suis pris au jeu de l’imitation.

L’éventail des chanteurs piratés est large, avec quelles imitations prenez-vous plus de plaisir ?
Je ne prends jamais de plaisir avec une imitation. Je m’amuse avec un titre, une chanson ou un sketch. L’objectif est de m’éclater, ce que je fais avec mes copains musiciens, lorsque j’interprète AC/DC par exemple.

Quelle voix vous a donné plus de travail ?
Elles ont été nombreuses. Il y a eu Bon Scott (défunt chanteur d’AC/DC, ndlr), car je n’étais pas prêt à l’assumer vocalement, au départ, elle me faisait terriblement mal, j’ai mis trois ans pour y parvenir, de même pour Jacques Brel, pas seulement pour la voix, mais pour le personnage et l’interprétation. Et plus surprenant Johnny Hallyday, très souvent imité, car je voulais me différencier. J’ai donc travaillé le Johnny des stades avec sa voix puissante plutôt qu’une caricature des années 80-90.

Y a-t-il des voix qui vous résistent encore ?
Bien sûr. Stevie Wonder, Sting, Gainsbourg… Je les travaille, mais pour l’instant je n’ai pas trouvé le déclic. Je n’ai pas encore l’astuce qui va me permettre d’approcher la voix. Autre difficulté, Lady Gaga. Il devrait y avoir des choses assez rigolotes à faire, visuellement, ça devrait être possible, mais pour l’instant vocalement, elle me résiste encore.

Pour bien imiter faut-il avoir de l’admiration pour l’artiste ?
Pas spécialement. Mais j’ai du respect pour eux, même si je les taquine. Je ne suis jamais très méchant, je reste très poli. Quand je bosse Bashung, Brel ou Ray Charles, je prends du plaisir car j’apprécie leur musique, je suis donc plus exigeant.

Vous passez avec une facilité déconcertante d’une voix de contre ténor, à Armstrong en passant par Willem, Mika et Ray Charles. La tessiture est grande, quel est le secret d’une telle aisance ?
Beaucoup de travail. Je dois sans cesse renouveler avec ce souci de toujours améliorer. Des vocalises, de l’écoute, énormément de temps. Je n’ai pas une technique de chanteur lyrique, mais pour le contre ténor, j’ouvre au maximum ma voix de tête. Assez instinctivement depuis que je suis ado, je m’amuse à passer de ma voix pleine à ma voix de tête. Mais le travail peut être aussi inconscient, j’entends une chanson et sans le savoir vraiment, je commence à la travailler. J’imite jamais vraiment quelqu’un, c’est toujours une copie, une suggestion. Une imitation serait une copie presque parfaite, comme un tableau.

Vous êtes, le seul à imiter les chanteurs d’aujourd’hui (Delerm, Doré, M, ou Petit Corps Valide alias Grand Corps Malade)… Comment choisissez-vous vos victimes ?
L’actualité musicale et le plaisir. Je cherche avant tout des chansons qui parlent aux spectateurs. Mais je m’autorise des imitations moins attendues comme Placebo, Gorillaz, Franz Ferdinand… Donc du populaire, mais aussi du rock, d’ailleurs prochainement nous devrions intégrer News dans le spectacle. Et puis c’est un spectacle vivant, un concert acoustique qui bouge beaucoup, il y a six mois, nous avions Bob Dylan et Elvis, en ce moment ce sont Simon et Garfunkel et Cat Stevens, l’avantage d’être en live, tout est permis.

Quelles sont les critiques de vos victimes sur vos prestations ?
Ca se passe toujours très bien, c'est très cordial. La plupart du temps les rencontres se font sur les plateaux de radio ou de télévision. Donc effectivement je doute un peu de la sincérité des gens. Généralement, ils me disent « oui c’est ça, c’est bien », je suis toujours surpris, car c’est comme une caricature, comme un miroir qui déforme. Elie Semoun est un des seuls, en dehors du champ des caméras ou des micros, à m’avoir confié qu’il trouvait mon imitation bonne. Quant à Vincent Delerm, je l’apprécie beaucoup, il doit venir prochainement au Bataclan, il ne m’a jamais vu sur scène, j’ai hâte d’avoir son retour pour savoir comment il perçoit son personnage. Ce qui est amusant, c’est le détournement des personnes, le décalage musical. Dans le cas de Vincent, il est assez intéressant de lui faire chanter Prince. Il faut s’amuser avec l’improbable.

Si vous deviez vous imiter, quels traits feriez-vous ressortir ?
C’est une question intéressante, j’en ai aucune idée, il faudrait poser la question à un imitateur (rires). Dans la vie je suis plutôt réservé et timide, lorsque j’étais jeune on me décrivait même comme un sauvage. Lorsque j’ai débuté le théâtre, j’ai découvert un juste équilibre entre ce que je suis et ce que j’incarne sur scène. Ainsi, dans un lieu public je ne monterais pas sur la table pour faire le clown. En revanche à la fin de mon spectacle, je n’hésite pas à me jeter sur le public.

Votre rêve pour demain, n’est-il pas de monter votre propre concert, de chanter vos propres chansons, de jouer votre propre musique ?
Dans mon spectacle, il y a déjà un peu les trois, on détourne les paroles, on réarrange la musique, on réécrit. Mais je ne me vois pas devenir chanteur, ni sortir mon propre album. Je ne peux pas le concevoir, car je suis déjà trop identifié comme imitateur et je dérouterai mes fans qui ne me suivraient pas forcément dans mes goûts musicaux (NDLR, il est plus musique indé, pop indé, rock indé, folk indé). Toutefois, me diversifier pourquoi pas. Je crois beaucoup aux rencontres. Aujourd’hui, j’ai quelques opportunités dans le doublage de voix pour un dessin animé et ce type de challenge me séduit. Je suis avide de curiosité. Mais je n’abandonnerai pas pour autant l’imitation, je débute, j’ai encore beaucoup à faire.

Quels sont vos projets après le Bataclan ?
La tournée qui débute le 15 janvier. Nous allons effectuer un tour de France que nous terminerons l’année prochaine dans une salle parisienne. Puis, le temps sera venu de réfléchir à un nouveau spectacle.

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